lundi 9 mars 2015

"Un artiste doit avoir une seule obsession dans la vie: toucher l'âme des gens, révéler la part de poésie qui est en eux."

"Cette quête de l'invisible t'aidera a t'élever."

"Nous autres danseurs, nous volons des moments de grâce a l'univers."

Carolyn Carlson

jeudi 5 mars 2015

Merce Cunningham, l'architecte de la danse.


"Imaginez un architecte ou un designer qui construirait des bâtiments ou objets qui évolueraient dans le temps, changeraient de formes, de couleurs, de volumes et d'emplacement. Par ce mouvement, on leur attribuerait une âme, une intention, une émotion." 

C'est celui qui regarde qui donne le sens. C'est par lui que naît l'intention... 
Le chorégraphe Merce Cunningham renvoie le spectateur à lui-même à sa propre imagination. Si dans sa manière de construire la danse Merce Cunningham recherche sans cesse à casser les habitudes mentales et organiques du mouvement. Il fait indirectement la même chose avec le spectateur, il l'oblige à casser ses propres références mentales pour donner du sens à ce qu'il voit.
  
On regarde les chorégraphies de Merce Cunningham comme on regarde un paysage, en se laissant emporter par le rêve, l'imagination que les formes en mouvement suscitent...

Extrait : 
Merce Cunningham - Nearly Ninety (extrait)




  • C'est un bouleversement conceptuel, et une nouvelle manière d'aborder l'art chorégraphique qu'initia le chorégraphe Merce Cunningham. Ce dernier poussa toute une génération de danseurs et spectateurs à adopter un autre point de vue sur la danse.  Le style de Merce Cunningham casse les schémas de la danse narrative pour adopter ceux de la danse abstraite. Merce Cunnigham s'inscrit dans le courant artistique du Bauhaus des années 1901, celui du scénographe Oska Sclemmer dont l'objectif était de mettre en avant le mouvement en tant que tel.Avec ses danseurs, Merce Cunningham travaille sur le mouvement pur, en tant que tel et non pas en tant que porteur de sens ou d'intention. Il aborde la danse comme un architecte le ferait, par l'étude des formes (corporelles, rythmiques, dynamiques) et recherche les différentes possibilités de combinaison entre les parties du corps et plus généralement entre les éléments qui composent le mouvement.

  • Merce s'oppose à Martha... La philosophie de Merce Cunningham est à l'extrême opposée de celle de son mentor Martha Graham. En effet, contrairement au style de cette dernière, ce n'est pas l'émotion qui donne naissance au mouvement, mais le mouvement qui donne naissance à l'intention, à l'émotion. Dans les chorégraphies de Merce Cunningham, c'est la forme qui donne le sens et non pas l'inverse. Il joue avec le signifiant et abandonne le signifié. Si Martha Graham exulte les émotions, Cunningham s'en détache. Seule la forme qui compose le mouvement compte. Il est, par essence, le chorégraphe de l'abstrait.

(la philosophie qu'exprime Merce Cunningham par la danse mérite un article entier, je le ferai prochainement.)


Beach Birds for caméra. Merce Cunningham (extrait)





samedi 28 février 2015


Tu dois aimer danser pour pouvoir rentrer dedans. 
Je ne te donne rien en échange. 
Pas d'autographes à ranger. 
Pas de peintures à accrocher sur le mur, à poser dans un musée.
Pas de poèmes à imprimer et à vendre.
Rien d'autre que la sensation d'un instant où l'on se sent vivant.

- Merce Cunningham -

(Traduit par I.Broussy)


lundi 23 février 2015

Le ballet "Lamentation" ou l'histoire d'un nouveau langage...


À l'occasion de la nouvelle production de la compagnie new-yorkaise Martha Graham "Lamentation variations", réadaptation du ballet mythique de son répertoire "Lamentation"

J'ai voulu vous parler de l'histoire qui lie cette chorégraphie à la naissance d'un nouveau langage chorégraphique codifié à l'instar de la danse classique. Martha Graham incarne le début d'une nouvelle aire de la danse, où des chorégraphes vont travailler sur de nouveaux langages chorégraphiques.

Je suis née à New-York...
"Lamentation" fut crée en 1930 pour sa compagnie composée de femmes. C'est cette chorégraphie qui lui conférera le statut d'artiste avant-gardiste et qui rendra célèbre son style. "Lamentation" exprime l'essence de sa danse et technique. Si la plupart de ces ballets son narratifs, on peut dire de celui-ci est purement expressif, il exprime un état, une capacité, une réaction du corps. La capacité qu'a l'humain de se dilater et de se contracter à l'intérieur de son enveloppe corporelle. Elle exprime la douleur du corps et du chagrin qui tord, se contracte et qui s'abandonne pour mieux se replier.

La chorégraphe des pulsions..
Martha Graham est l'artiste des sens, des instincts qu'elle exulte. Esprit libertaire, seules les passions, les pulsions sont dans sa danse digne d'intérêt. Le désir féminin est un sujet omniprésent dans ses danses. Contraction et dilatation/relâchement de l'abdomen sont les mouvements sur lesquels est axée sa technique, c'est pourquoi ce ballet est si fondamental, c'est le résultat d'une exploration et observation qu'elle a fait d'elle-même et de ses propres réactions émotionnelles.

Entre la technique classique et la technique Martha Graham...
Si la danse classique est une codification des danses qui animait les cours de la renaissance, fait de mouvements qui s'élèvent vers le ciel. De Jambes et les bras isolés du buste. La technique Martha Graham est tout l'inverse. Inspirée de la philosophie orientale, elle recherche d'unité dans le mouvement dans sa source primaire.

Le langage de la danse classique suit la culture de l'époque où elle a été codifiée. Celui du siècle des Lumières où l'on valorise la pensée logique, les sciences, l'esthétique classique et où l'on dénigre l'illogisme, les superstitions, les instincts pour rechercher la noblesse et la hauteur d'esprit. Les mouvements du classique suivent cette aspiration, et l'on recherche la grâce, la légèreté et l'élégance.
C'est une philosophie opposée qu'exprime la danse de Martha Graham. Inspirée par la mode de "l'exotisme" des années folles, portée par le courant surréaliste et la diffusion des idées de Freud sur la psyché humaine, elle met l'accent sur l'expression primaire et libidinale.
Inspiration et expiration, contraction et relâchement, spiral et torsion du torse, sont les mouvements de base de sa technique. Contrairement à la danse classique, tous les mouvements des bras et des jambes suivent le mouvement initiateur du bassin et du torse. Un danseur de Graham porte son attention sur son buste qui initie le mouvement, les bras et les jambes ne font qui suivre le flux initié par celui-ci. Le jeu des tensions est un élément également important dans son travail, la' aussi si la danse classique recherche l'équilibre par la juste tension des forces opposées des muscles. Graham cherche au contraire à pousser à bout, à son apogée les tensions musculaires pour ainsi, après, mieux les relâcher. Cette façon d'employer le corps donne une très grande intensité dramatique à ses œuvres.

Démonstration d'un cours de technique Graham :




Relation à la musique... 
La musique de Zoltán Kodály accompagne parfaitement bien les élans de ses mouvements de "Lamentation". Martha Graham a fait le choix de cette musique, car elle s'accommode parfaitement bien à sa danse, à son rythme. Il accentue ses impulsions et ses tensions.

Comment on la regarde...
On regarde "Lamentation" de la même manière qu'une danseuse danse et appréhende sa technique. En acceptant d'aller en soi, dans son centre, dans ses profondes émotions. On regarde "Lamentation" avec les yeux de son corps, avec ses sens.


"Lamentation"
Choreographed by Martha Graham (in 1930)
Music by Zoltan Kodaly
Danced by Peggy Lynmann


















 

 

"Les nuits" à Fribourg cette semaine

Si places il reste, à ne pas manquer d'aller voir le 24 Févier, au théâtre de Fribourg "Équilibre" le Ballet "Les nuits" du chorégraphe Angelin Prejocaj


Il s'agit d'une adaptation des Mille et Une Nuits, chef d’oeuvre de la littérature orientale dont l’érotisme flamboyant a marqué l’inconscient collectif. Inspiré par Shéhérazade, conteuse prodigieuse dont le verbe et l’esprit désarment la barbarie, le chorégraphe français a concocté ici un feu d’artifice de mystère et sensualité pour repenser la place des femmes dans la société, sans violence ni objectification. Jeux d’ombres, parades amoureuses, langueurs de hammam et volutes de chicha entourent ainsi les corps de dix-huit danseurs dans un ballet sublime et envoûtant, épicé par un zeste d’humour et d’esthétisme provocant.

Plus d'info :  http://www.equilibre-nuithonie.ch/


Extraits

lundi 16 février 2015

La Giselle de Mats Ek



 "Je suis le ballet Giselle moderne, un chef d’œuvre de l'art chorégraphique, oubliez les tutus, les pointes, et venez me découvrir..."

Pour inaugurer ce blog, j'ai fait le choix de vous présenter une version revisitée du Ballet classique Giselle. Ce ballet qui fait le lien avec le titre de ce blog "Mania Dansante" car le livret originel et moderne du ballet Giselle parle d'amour, de folie, folie qui s'exprime par la danse. Mania Dansante étant le mon qu'on attribuait à un phénomène observé entre les XIVe et XVIIIe siècles où un groupe de personnes se mettaient soudainement à danser jusqu'à épuisement.

Je suis née en Suède...
Ce Ballet fut créé en 1982 par Mats Ek pour le Cullberg Ballet. Sa présentation au public chamboula le monde de la danse. Ce fut la première fois qu'un chorégraphe revisita un monument du répertoire classique et romantique : Giselle. A la présentation de ce ballet, certains crièrent au génie, d'autres au scandale.
Lorsque l'on regarde ce ballet, il faut se laisser emporter par l'intensité émotionnelle des personnages et faire abstraction du ballet classique originel, ce sont ceux qui n'ont pas su se détacher de l'esthétique du ballet romantique qui n'ont pas su à son époque l'apprécier.
  
Mats Ek chamboule les codes, s'il garde la tragédie romantique, il fait du récrit fantastique un récit réaliste à l'interprétation psychanalytique. Il transgresse le livret en changeant les éléments fantastiques, Giselle ne meurt pas mais sombre dans la folie. Le voyage d'Albrecht ne sera plus celui d'un prince dans une forêt fantastique à la recherche de l'esprit de Giselle, mais celui d'un voyage dans l'univers psychiatrique. Il n'est pas hanté par l'esprit de Giselle, mais par celui de ses remords. Le décor est fait de dessins et formes qui rappelle la trame centrale du récit : la folie de Giselle.


Mouvements et structure du ballet...  
Les mouvements sont une succession de formes dessinées avec grandeur dans l'espace ce qui les rendent très lisibles aux spectateurs. Ils sont liés de manière fluide dans un perpétuel mouvement qui utilise l'ensemble de l'espace scénique. Tours et sauts s'enchaînent, la chorégraphie est construite sur la base d'une règle chorégraphique que Mats Ek s'impose : utiliser l'espace et les mouvements dans toutes les dimensions et varier le type de mouvement. Dans le jargon de la danse, on qualifie ce ballet de « formel » et « néo-classique », « formel », car il met l'accent sur le dessin des formes des corps dans l'espace (par opposition à des mouvements construits autour d'énergies ou d'une qualité de mouvement). Néo-Classique car il utilise le vocabulaire de la danse classique comme sa base chorégraphique. Mats Ek, vire les pointes, transforme les mouvements légers, aériens, portés vers le haut du ballet romantique en mouvements puissants qui prennent racine dans le sol pour s'étirer dans l'espace.

C'est une chorégraphie que demande de la part des danseurs beaucoup de virtuosité, Ana Laguna qui incarne le rôle principal de Giselle dans le casting originel est éblouissante, et reste à jamais intrinsèquement liée à ce chef d’œuvre du ballet moderne.

Avec la musique... 
La relation de la chorégraphie à la musique est simple, les mouvements se calquent au rythme. La danse sublime et accompagne les impulsions et respirations de la musique d'Adophe Adam au point où l'on pourrait même penser qu'elle a été crée sur-mesure pour cette version.

Il était une fois...
Le premier acte se déroule à la campagne. "Giselle jeune Paysanne, est perçue comme la simplette du village. Albrecht jeune bourgeois, amusé par l'attitude naïve de la jeune villageoise, en fait son terrain de jeux et lui laisse croire à une idylle amoureuse. Quand Giselle découvre la vérité, elle sombre dans la folie. Torturé par le remords Albrecht part à sa rencontre dans l'hôpital psychiatrique où elle est internée... 
Le deuxième acte se déroule dans l'hôpital psychiatrique. "Albrecht torturé par le remords essaye d'aider Giselle, il n'y parvient pas et ce voyage dans l'univers psychiatrique se transforme en une forme de châtiment et chemin de croix intérieur... 


Extrait des scènes principales :

 

Le Ballet complet :
Musique : Adolphe Adam
Chorégraphie : Mats Ek 
Danseurs principaux : Ana Laguna, Luc bouy, Yva Auezely, Vanessa McIntosh avec le Cullberg Ballet.

vendredi 6 février 2015